LE CONCEPT
Par Pierre • 25 juil, 2008 • Catégorie: Les nouvelles du "fier monde"
Un proverbe africain nous enseigne que
« La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit »
Toute forme d’aide, qu’elle soit médicale, sociale ou encore au développement met celui qui en bénéficie en position de débiteur vis-à-vis de celui ou ceux qui la lui procurent.
S’installe ainsi progressivement une relation d’assistant- assisté qui finit tôt ou tard par vicier l’échange, provoquant parfois des contre effets de dévalorisation du bénéficiaire voire de rejet, de xénophobie ou de racisme de la part de la communauté dont sont issus les donateurs.
L’intention, si généreuse soit-elle, d’apporter son aide à l’autre abouti parfois à l’amoindrissement de « la conscience fière » de l’individu qui en bénéficie et à son avilissement.
Partant de ce constat quelques utopistes ont imaginé de tisser de nouvelles formes de relations qui permettent aux parties en présence de conserver une position d’acteur dans un tissu relationnel dense.
L’humanité avance vers une société fonctionnant en conformité avec des valeurs et normes universelles, celles de la Raison, qui sont aussi celles de la production et du droit. Elle entretient chez tous, même chez les plus contestataires, l’idée d’une marche vers l’achèvement des sociétés qui instauraient une organisation sociale plus rationnelle et plus juste. Mais en même temps, elle favorise le maintien de l’ordre et facilite l’intégration au sein des Etats nationaux unifiés. Dans cette représentation, les acteurs n’apparaissent que selon les positions et les rôles qu’ils occupent dans le système social, selon leur degré et mode d’adhésion aux valeurs dominantes. Les institutions, dont surtout l’école, sont d’ailleurs là pour y veiller. “Entre la Raison universelle et les forces et idéologies qui s’opposent à elle, l’acteur n’existe pas”. Trop souvent domination et violence se cachent derrière les principes affichés d’ordre et de rationalité et la prétention à l’universalisme.
Un autre de mode de relation à l’autre (cet alter sujet d’étude pour les ethnologues) reste à penser et à développer : un mode de relation qui permette le « retour de l’acteur » si bien décrit par Alain Touraine au début des années 80. Un monde où l’acteur avec ses croyances, ses projets, ses rapports sociaux, sa capacité d’action proprement sociale, serait remis à l’avant plan.
La culture devient alors un enjeu, un ensemble de ressources et de modèles que les acteurs sociaux cherchent à gérer, à contrôler, qu’ils s’approprient et dont ils négocient entre eux la transformation en de nouvelles formes d’organisations sociales.
Tout individu possède en lui des ressources si faibles soient-elles qu’il peut mobiliser pour devenir acteur de son environnement et de son organisation. Le déni de cette capacité est une forme de violence larvée, la négation d’une facette de son identité.
L’idée maîtresse du concept «fier monde» est de permettre à chacun d’exercer pleinement sa citoyenneté quelle que soit son origine, son idéal philosophique, politique ou religieux au travers d’initiatives certes parfois modestes, mais toujours très concrètes et portées par des acteurs d’horizons divers.
Des acteurs culturels qui se dégagent des normes de reproduction des comportements et des pratiques, s’élèvent au-dessus des revendications et des négociations politiques pour expérimenter de nouveaux modèles culturels, de nouveaux modes d’organisation sociale.Vous pourrez tour à tour croiser des personnes lourdement handicapées qui mettent leur énergie au service de l’accueil des enfants de Tchernobyl ou de la lutte contre la toxicomanie, des demandeurs d’asile qui mènent des actions de récolte de fonds au bénéficie des populations belges en situation de grande précarité,… La sensibilisation à cette nouvelle manière de penser le monde se fait au départ d’initiatives culturelles : théâtre, expo photos, concerts, films, débats, … destinées à enrichir mutuellement des publics provenant d’horizons divers.
Le festival fier monde est une pièce maîtresse de la charpente de cette démarche. Mais au-delà, «fier monde» aide au tissage d’une vaste toile par des Hommes debout et dignes qui s’unissent et soutiennent des initiatives offrant des moments d’émotion, de rencontre, d’échange, de débats sur les grandes questions de société en faisant sien l’adage « Penser globalement, agir localement… et concrètement ! »